jeudi 21 février 2019

Pierre Verhas, Rébecca Lejeune. L’émancipation sans la charité.


Pierre Verhas est depuis longtemps un ardent défenseur du peuple palestinien et de sa cause. Avec Rébecca Lejeune, il vient de publier un petit livre fort bien documenté sur la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation), une association très active œuvrant en faveur des handicapés physiques et mentaux en Palestine.
Le mot “ Rehabilitation ” recouvre les notions de réadaptation à la vie et de réintégration dans la vie de la cité. Depuis plus d’un siècle, en effet, le peuple palestinien est frappé dans sa chair mais aussi dans son esprit par une occupation militaire d’une extrême brutalité. Il doit pleurer ses morts, et aussi réparer ses vivants. Avec la BASR, ce peuple a mis sur pied une entreprise de soins « humaniste et moderne ».
Le livre s’ouvre sur un résumé bref et rigoureux du contexte historique, dont je me contenterai de retenir les points suivants.

mardi 19 février 2019

Une conséquence de la loi LRU


J’ai publié des dizaines d’articles, dont nombre ont été repris par Le Grand Soir, sur cette loi infâme contre laquelle fort peu d’universitaires se sont levés quand il en était encore temps. Voulue par Sarkozy, cette loi avait été  élaborée dans l’ombre par des technocrates à la solde du kleiner Mann et défendue au Parlement et dans des médias généralement enthousiastes par la ministre Pécresse, fille de celui qui restera dans l’histoire comme le premier authentique universitaire homme d’affaires français. Il est bon que les fifilles fassent plaisir à leur papa chéri.

J’y reviens, brièvement à l’occasion de passages dans les transports en commun de Lyon (métro, gares).

jeudi 14 février 2019

Très belle récompense pour Rébecca Gensane


Comme chaque année, le Comité départemental olympique du Rhône a distingué plusieurs dizaines de sportifs méritants (champions de France, champions d'Europe, champions du monde) et dirigeants bénévoles de club.

mercredi 13 février 2019

Gilets jaunes : un neurochirurgien bisontin demande un moratoire sur les armes sub-létales


Ce pourrait être une de mes filles ou petites-filles. Ou l'une des vôtres. Manifestantes ou pas. Le banquier fait tirer sur le peuple et ses enfants. L'ordre immonde de viser la tête a été donné, qu'un salaud a appliqué à la lettre.
Ce pourrait être une de mes filles ou petites-filles. Ou l'une des vôtres. Manifestantes ou pas. Le banquier fait tirer sur le peuple et ses enfants. L'ordre immonde de viser la tête a été donné, qu'un salaud a appliqué à la lettre.
Le professeur Laurent Thines, neurochirurgien au CHU de Besançon, vient de mettre en ligne une pétition pour demander à terme l'arrêt des flash-ball, LBD, grenades lacrymogène ou de désencerclement dans les manifestations. Des armes usb-létales qui, écrit-il, sont extrêmement dangereuses.


samedi 9 février 2019

Sauf exception, ce n'était jamais mieux “ avant ”


  

Je suis membre d'un groupe de personnes relativement âgées qui fournissent sur Facebook des documents, personnels ou non, concernant les années quarante et cinquante.

Je voudrais dire deux ou trois mots sur la photo ci-dessous, proposée par Anne Mazer. L'esthétique de cette photo est réelle. Sociologiquement, c'est un document formidable. Les réactions des membres du groupe furent de deux ordres. Les gens du nord étaient très sympas (pas vrai Bachelet, pas vrai Macias ?), il y avait une grande solidarité dans les corons. Ayant moi-même vécu, durant ma prime enfance, dans un milieu urbain légèrement amélioré par rapport à celui-là, je peux dire que ces appréciations sont parfaitement valables.

Maintenant, regardons bien cette photo. Il n'y a pas de tout à l'égout, vraisemblablement pas d'eau courante, l'isolation thermique est un concept inconnu à l'époque et j'imagine que cette maison dispose seulement d'un pauvre poêle, peut-être un feu continu. A part cela, comme l'observe un membre du groupe, il n'y a pas un papier par terre. Du nord de la Somme jusqu'au Danemark, la propreté régnait à l'époque, même dans des rues de terre battue.

mercredi 30 janvier 2019

Le banquier et le joueur de cartes visent les yeux



Un policier, un gendarme ne prend jamais la moindre initiative : il obéit aux ordres. Si les forces de l’ordre ont crevé des yeux, c’était intentionnellement et parce qu’elles étaient au bout d’une chaîne de commandement dont l’origine était le président de la République (le banquier) et son ministre de l’Intérieur (le joueur de cartes).

Regardez attentivement cette vidéo. Elle est un peu longue (une petite dizaine de minutes) mais très explicite. Nous avons affaire à des manifestants totalement pacifiques qui vont, qui viennent, qui discutent. Soudain, l’un d’entre eux crie à plusieurs reprises à l’adresse d’un flic : « baisse ton arme, tu vises la tête ». Et puis un coup part. Jérôme Rodrigues reçoit une balle dans l’œil. Au fait, avez-vous entendu Castaner s'excuser pour l'œil perdu de ce manifestant pacifique ?

Lorsque j’étais enfant dans les années cinquante, on me disait que, durant la “ Grande Guerre ”,  11 kilos de plomb étaient nécessaires pour tuer un homme. La boucherie était tellement aléatoire et les armes tellement peu précises que cette énorme quantité de munition était requise. Aujourd’hui, les armes des forces de l’ordre sont si sûres – surtout à 5 ou 10 mètres – que quarante grammes suffisent à énucléer un individu (ou à lui ficher du plastique dans le cerveau) et à briser sa vie.

samedi 19 janvier 2019

Rachid El-Daïf. Qu’elle aille au diable, Meryl Streep ! (Balance ton porc à Lyon 2, suite)

Traduit de l’arabe par Edgard Weber, Actes Sud 2010.


Ce roman a été publié en arabe à Beyrouth en 2001, puis en français en 2004 par Actes Sud, un éditeur qui a peu en commun avec les productions Dorcel. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman licencieux ou pornographique. Comptant parmi les auteurs les plus importants du monde arabe, El Naïf est traduit en 16 langues. Un de ses romans figura au programme de l’agrégation d’arabe en 2005.

Discret, le tropisme étasunien est omniprésent. L’incipit du texte nous tend la toile de fond politique de l’intrigue : « Non ce n’est pas à l’écran de ma propre télévision que je vis le président américain George Bush annoncer la naissance du nouvel ordre mondial. » Comme bien d’autres pays, le Liban est sous la domination du modèle culturel et des fantasmes des États-Unis (« la mondialisation signifie-t-elle que nous sommes devenus une fraction de l’Amérique ? »). Quant à l’invective contre Meryl Streep, c’est celle d’un narrateur bouleversé par le charme de l’actrice et ne comprenant le désastre de son mariage qu’après avoir vu Kramer contre Kramer.

Le mariage du narrateur a été arrangé par sa tante. Son épouse est une inconnue pour lui. Pour la conquérir, il va alterner gestes tendres et brutaux, pensant que tout lui est dû, puisqu’il est l’homme, tandis que son épouse excellera dans les stratégies de ruse et d’évitement. L’auteur décrit, ce faisant, un contexte passablement glauque, sans aucun morceau de bravoure vraiment érotique ou amoureux, et où les axes syntagmatique et paradigmatique se coupent dans ce qui tourmente et détermine tout être normalement sexué au Liban, homme ou femme : la virginité de l’épouse et ses corollaires de défloration et de virginité reconstituée. Pour le narrateur, qui est moins dans la modernité que sa femme, « la chose la plus importante qui puisse arriver à une femme dans sa vie est la perte de sa virginité ». La défloration – brutale et rapide ou lente et délicate – est un droit.