vendredi 24 novembre 2017

L’emmêlement de pinceaux de L’Humanité.e et l’écriture inclusive




Les « damné.e.s » de la Terre s’en mêlent et, on le verra, s’emmêlent : L’Humanité.e soutient l’écriture inclusive. Récemment encore, par la plume de Daniel Roucous. Les Français, que dis-je, les centaines de millions de francophones de par le monde, ont du pain sur la planche pour assimiler, appliquer et imposer cette réforme qui durera moins longtemps que la mini-jupe car on ne prescrit pas des règles grammaticales par la terreur (pardon : par la bien-pensance et le politiquement correct qui sont toujours de droite) sauf dans le monde de 1984d’Orwell.

Si l’on y va à fond, il va falloir réécrire toute la littérature française, ou alors nos chères têtes (qui a dit « blondes » ?) n’y comprendront plus rien. Par exemple, on aménagera le début de la “ Ballade du Roi des Gueux ” de Jean Richepin :

Venez à moi, claquepatin.e.s, 
Loqueteu.x.ses, joueu.r.ses de musettes

ou “ Je ne suis pas de ce.ux.lles qui robent la louange ” de Joachim Du Bellay :

Je ne suis pas de ce.ux.lles qui robent la louange,
Fraudant indignement les humain.e.s de valeur

mercredi 22 novembre 2017

Mon boy, le don et le contre-don




Le texte de Marcel Mauss, “ Essai sur le don : Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques ” In Sociologie et Anthropologie, PUF, Collection Quadrige, 1973, pp. 149-279, est l’un de ceux qui m’ont le plus marqué lorsque j’en ai pris connaissance dans les années 80.

Avant de découvrir cette étude ovarienne (et non « séminale », soyons féministe), j’avais vécu, à Abidjan où je résidais, une expérience assez singulière. Comme tous les gens gagnant correctement leur vie (Noirs, Blancs et autres), j’avais un boy (par parenthèse, le petit chef-d’œuvre de Ferdinand Oyono de 1956 Une vie de boy n’a rien perdu de son éclat). Comme la plupart des boys exerçant en Côte d’Ivoire, celui-ci était burkinais (de l’ethnie gourounsi). Ce que je ne savais pas, c’est que l’un de ses frères – on l’aurait appelé « demi frère » chez nous car ils n’étaient pas de même mère – était riche comme Crésus. Il s’agissait de l’un des hommes d’affaires les plus fortunés de l’ancienne Haute-Volta qui avait jugé prudent de fuir son pays et de s'installer en Côte d'Ivoire lors de la prise du pouvoir par des militaires progressistes emmenés par Thomas Sankara. Un beau jour, notre homme mourut de manière inattendue, d'une crise cardiaque, si je me souviens bien. Le lendemain matin, mon boy arriva au travail avec un exemplaire du seul (à l’époque) quotidien ivoirien, Fraternité matin. Ce qui me surprit car il ne savait pas lire. Il me montra en première page un article et une photo consacrés à la mort du milliardaire. Il me dit de manière neutre : « C’est mon frère ». Il m’expliqua qu’ils n’étaient pas très liés et qu’il n’avait jamais voulu travailler pour lui. Il me demanda cependant de lui accorder un congé pour l’après-midi et de lui avancer sur sa paye 5 000 francs CFA (l’équivalent de 100 francs de l’époque). Très intrigué, je lui demandai la raison de cet emprunt. Il m’expliqua que lorsque l’on rendait visite à une famille en deuil, la coutume voulait qu’on apportât un peu d’argent. Bien sûr, ces 5 000 francs serait à peine une goutte d’eau dans la fortune immense du frère défunt.

samedi 18 novembre 2017

Tombeau (en prose) pour Pierre Bachelet





George Orwell a écrit à la fin de sa vie qu’il aurait donné La ferme des animaux et 1984 pour être l'auteur d'une chanson que les gens du peuple auraient reprise dans les pubs. Pierre Bachelet a réussi cela, en particulier, avec “ Les Corons ”.


Il y a quelques jours, le JT de France 2 proposait une analyse de cette chanson très populaire et une courte biographie de son interprète. En brodant et en en faisant des tonnes sur l’osmose entre le chanteur, son œuvre et le pays minier.


Lorsque je découvris cette chanson en 1982, elle me fit chaud au cœur, d’autant que je vivais en expatrié en Afrique de l’Ouest et que je suis né à Hénin-Liétard (comme s'appelait à l'époque la ville désormais FN).  Á la première écoute, j’ai su tout de suite que Bachelet n’était pas un vrai ch’ti. En effet, lorsqu’il chante « Et j’avais des terrils à défaut de montagne », il prononce « terrils » [terrile] alors que les gens du pays minier – à commencer par moi qui ai passé ma petite enfance dans un coron – prononcent [terri]. Comme pour outil (que tous les Français prononcent [outi]), ou encore persil ou nombril. Cela m’importait peu, bien au contraire. Je trouvais formidable à l’époque que les deux plus belles chansons rendant une vraie justice aux gens du Nord aient été écrites par Bachelet, un faux ch’ti  et par Enrico Macias, un vrai pied-noir (“ Les gens du Nord”, 1967).

samedi 11 novembre 2017

Bernard Cauet




Ces dernières années, il fut, si je puis dire, le correspondant de mon blog en Côte d’Ivoire et dans le Lot-et-Garonne. Il m’envoyait des textes savoureux, à l’écriture élégante et précise, celle des bons instits’ de la IVe République. Je les publiais anonymement car il ne souhaitait pas que son nom apparaisse. Comme celui-là, ocelui-ci. Sans parler de ces deux textes formidables sur le rugby “ profond ”, le premier, et le second.

Nous nous connaissions depuis le milieu des années cinquante. Mes grands-parents avaient acheté la maison de ses parents à Monclar d’Agenais. La famille Cauet avait alors emménagé dans l'appartement de la Poste de Monclar, dont la mère de Bernard était la receveuse. Deux ou trois fois par semaine, Bernard se rendait auprès de mon grand-père, directeur d’école d’application en retraite, pour réviser ses maths. Comme mon aïeul était très bavard, il avait fini par connaître ma famille aussi bien que la sienne ! Bernard fréquenta l’école primaire du village, puis le collège de Villeneuve-sur-Lot.

vendredi 3 novembre 2017

Robert Chaudenson. Hollandexit, mai 2015-mai 2017



Après Putain, trois ans, Robert Chaudenson a réuni la suite de ses articles de blog publiés, entre autres, dans les colonnes de Mediapart. Résultat : on pourra les relire dans dix ans, ils seront toujours aussi nécessaires.

Une petite anecdote personnelle qui intéressera sûrement l’éminent sociolinguiste qu’est l'auteur. Il y a une quinzaine d’années, je me retrouvais pour des raisons familiales dans un chef-lieu de canton du Lot-et-Garonne, une bourgade que je connais depuis 1954 et où la piscine olympique (inaugurée par Christine Caron) dans laquelle je barbotais quand j’étais ado fut incendiée un beau jour d’avril 1999 par des esprits facétieux et désœuvrés après avoir été fermée parce que saccagée par ces mêmes esprits.

Note de lecture (171)

Tournant le dos à ce désastre, des édiles hilares !

Je venais de loin et j’avais un peu d’avance. En ce bel après-midi de mai, je m'installai à la terrasse d’un café pour un citron pressé revigorant. Á deux mètres de moi, trois djeuns d’origine maghrébine, dont deux avaient incontestablement moins de 16 ans et auraient dû être en classe, devisaient tranquillement. Entre autre de football. J’écoutais d’une oreille distraite quand, soudain, je notai ce qu’avait d’incongru leur parler. Ces gosses, nés dans ce canton, comme leurs parents et leurs grands-parents (dans ce département, l’immigration nord-africaine date d’avant la guerre d’Algérie), ces gosses, qui n’avaient jamais été plus loin qu’Agen ou Villeneuve-sur-Lot, parlaient avec l’accent des banlieues, un univers totalement inconnu d’eux. Face à ces ados désintégrés, dont les parents s’exprimaient en français avec l’accent du Lot-et-Garonne, je me dis que nous avions tout raté et que réparer nos erreurs prendrait une, deux, trois générations.

jeudi 2 novembre 2017

Testons notre français avec Met', le magazine de la Métropole de Lyon




« Cent fois, sur le métier etc. ». J’ai déjà relevé à quel point la municipalité de Lyon était inféodée à la langue anglaise, plus exactement au globish, dans sa tête d’aliénée linguistique. Par exemple dans “ Quelle langue parle-t-on à Lyon ? » ou “ Á Lyon comme ailleurs, l’anglais nous enfume ”.


En parcourant Met’ (quel titre de publication nigaud !), Le magazine de la Métropole de Lyon), je me rends compte que le mal s’amplifie et qu’il est aggravé («supplémenté » ?) par une nouvelle peste inventée par des pestes : l’écriture inclusive qui met des points partout et qui forge des désinences féminines absurdes. Heureusement qu’il reste quelques sentinels (sic, ben oui, quoi, les sentinelles sont plutôt des hommes) comme moi pour monter le garde (il n’y a pas de raison !) et relever ces travers. Sans être pour autant une pleureure.


Ce qui me frappe peut-être le plus, c’est le manque de cohérence des inventeur.e.s de ce français abâtardi. On apprend ainsi que Lyon compte 66 2290 « collégiens » (à la trappe les collégiennes !), et qu’ils peuvent se rendre à l’immeuble « Belvy » (ouh, vous les ploucs qui auriez appelé cet immeuble « Belle Vie » !) qui fait partie du programme – je vous le donne en cent – « Ynfluences Square ». Ces collégiens pourront faire du basket à la « Tony Parker Adéquat Academy » (ne cherchez pas à comprendre) pour être en forme et rentrer chez eux à vélo par un tube « dédié » aux cyclistes qui « continue de séduire les Grand-es Lyonnais-es ». Ils pourront trouver un emploi à la Poste, en « open space », où ils pourront s’exprimer non pas en travail partagé mais en « coworking » (« open space » signifie trois choses différentes en anglais : espace protégé, espace libre, espace ouvert », donc c’est vous qui voyez). Le soir, ils rejoindront des appartements proposés en « Kolocsolidaire ».

dimanche 29 octobre 2017

La grande actrice hollywoodienne qui inventa la wifi




Personnellement, je ne serais pas parti huit jours en camping avec elle mais, je le reconnais bien volontiers, Hedy Lamarr fut une personne vraiment hors du commun.


Actrice, productrice de cinéma, c’est peut-être comme inventrice (et non pas “inventeure”, ohé les massacreures de langue française !) qu’elle a droit à la plus belle des postérités.


De son vrai nom, Hedwig Eva Maria Kiesler, née en 1914 à Vienne, était la fille d’un couple juif converti au catholicisme qu’il pratiqua assidument. Elle mourra en Floride en l’an 2000. Son père était directeur de banque, sa mère pianiste classique.


Elle fit une brillante carrière à Hollywood en jouant les premiers rôles pour les plus grands. En 1933, elle épouse Friedrich Mandl, dirigeant d’une entreprise de fabrication d’armes. Rallié au fascisme, ami de Mussolini, il s’était converti au catholicisme pour commercer avec l’armée autrichienne. Lamarr convolera cinq autres fois, avec trois enfants à la clé. On n’évoquera pas ses amants illustres : Kennedy (who else ?), Marlon Brando, Jean-Pierre Aumont, Robert Capa, David Niven, Erich Maria Remarque, Charles Boyer et d’autres.