lundi 26 juin 2017

Quelques histoires de dopage


Je ne me souviens plus si j’ai déjà raconté ce mini événement très parlant. Il y a une bonne vingtaine d’années, un collègue m’invite à assister à une course cycliste de minimes où, espère-t-il, son fils doit briller. On se plante en un endroit tranquille du circuit de trois kilomètres que les coureurs doivent parcourir 20 fois. Á nos côtés, un type plus âgé que nous, bien conservé. Sa tête me dit quelque chose mais je suis incapable de me souvenir où j’ai bien pu le rencontrer. En fait, je ne l’ai jamais «vu», hormis en photo. Je le questionne le plus habilement possible sur sa pratique du vélo et il nous dit qu’il a été professionnel pendant une dizaine d’années. Fichtre! Et dans l’équipe d’Anquetil, l’idole de ma jeunesse. « Bon sang, mais c’est bien sûr», lui dis-je, et vous vous appelez X. Il opine. Je lui demande quel était son rôle dans l’équipe du champion normand. « J’étais le goûteur d’Anquetil », répond-il sans aucun problème. Hé oui, comme Cléopâtre, Anquetil avait un goûteur, un goûteur de pilules.

J’ai repensé à cet épisode en broutant dans le Grand Robert et en tombant – alors que je cherchais autre chose – sur l’expression « courir comme un dératé ». Au XVIIIe siècle, on pensait que le point de côté, cette douleur abdominale extrêmement désagréable qui nous tombe dessus lorsque nous courons, était dû à la rate. On se disait que l’ablation ou la dessiccation de cet organe, dont le rôle immunitaire est capital, permettait aux humains, aux chevaux, aux chiens de courir plus vite, plus longtemps, sans être essoufflé. Ce qui était vraisemblablement faux. Cette théorie incongrue datait de l’Antiquité et avait mise en œuvre lors de Jeux Olympiques.

samedi 24 juin 2017

Jean Ortiz. Vive le Che !. Paris : Les Éditions Arcane, 2017



En exergue de ce livre de braises, Jean Ortiz cite Marx (« Le révolutionnaire doit être capable d’entendre l’herbe pousser »), Hugo (« Une révolution est un retour du factice au réel ») et Char (« celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience »).

Le temps passe : il y a exactement un demi siècle, Ernesto “ Che ” Guevara était assassiné sur ordre de la CIA, au bout d’un combat qui s’était transformé en calvaire. Dans une magnifique préface, le poète toulousain Serge Pey relate que Mario Terán, le tueur dont les sbires étasuniens avaient armé le bras, avait dû boire de l’alcool de maïs pour « faire le crime », contre une montre et un voyage à West Point. Mais l’histoire ne s’arrêta pas là. Terán vécut sous une autre identité et, en 2007, il fut opéré – gratuitement bien sûr – de la cataracte par des médecins cubains. Son fils tint à remercier, dans les colonnes d’El Deber de Santa Cruz, les médecins qui avaient rendu la vue à son père dans un hôpital offert par Cuba et inauguré par le président Evo Morales. Il est des héros et des révolutions qui ne mourront jamais dans le cœur et les yeux des humains.

mardi 20 juin 2017

Connaissez-vous Philippe Presti ?



Je vais vous aider : la réponse est non ! Et pourtant, c’est un très grand champion. Mais il est modeste et ne court pas après le buzz médiatique.

Il fut double champion du monde de Finn (dériveur olympique en 1993 et 1996 et vice-champion du monde de Soling (quillard olympique).

En 2003, on le retrouve capitaine et barreur du Class America Le Défi Areva. En 2004, il obtient la médaille de bronze aux championnats du monde de Match Racing.

En 2007, il est tacticien et barreur de Luna Rossa Challenge, finaliste de la Coupe Louis Vuitton.

En 2010, il entraîne la cellule arrière d’Oracle racing USA 2017. Il remporte la 33ème Coupe de l’America.

En 2013, il remporte la 34ème Coupe avec le même bateau (comme entraîneur).

vendredi 16 juin 2017

Affaire Grégory : encore et toujours


Tout le monde a, semble-t-il, eu faux : l'insensée Duras qui voulut tuer, symboliquement certes, la mère de Grégory pour un bon mot, la presse de caniveau qui aurait tant aimé que Christine Villemin fût coupable car rien ne fait plus vendre qu'un infanticide, les gendarmes de la première équipe qui ne concevaient pas d'autre coupable que Bernard Laroche, le père de Grégory qui assassina de manière on ne peut plus préméditée (et annoncée), devant son enfant de quatre ans, un bougre dont le “petit” juge Lambert avait fini par croire qu'il était innocent, et que la gendarmerie locale avait laissé sans protection. Ce n'était tout de même pas parce qu'il était militant CGT que la Justice lui avait réservé un chien de sa chienne...

L'affaire est peut-être en train de rebondir. Si l'assassin appartient à la famille du père de Grégory, comment le secret a-t-il pu être gardé pendant trente-cinq ans ? Comment tant de haine a-t-elle pu servir à ce point d'étouffoir ?

Je propose de nouveau un article publié une première fois en 2007, et une deuxième fois en 2014.


Pourquoi est-on marqué à jamais par un meurtre, par la personnalité d’un assassin ou par celle d’une victime ? Comme pour le reste, parce que ces tragédies surviennent à un moment adéquat de notre existence : nous sommes réceptifs, concernés, en empathie avec les victimes ou avec les inculpés quand nous les croyons innocents. Et puis, tout est construction. On se passionne parce qu’on nous passionne.

jeudi 15 juin 2017

Régis Debray. Civilisation. Comment nous sommes devenus américains



Un livre érudit, avec de délicieuses pointes d’humour, qui poursuit une réflexion de Simone Weill de 1943 selon laquelle une américanisation de l’Europe ferait perdre son passé à l’humanité, et une interrogation de Paul Valéry, de 1939 : « Je me demande si l’Europe ne finira pas par une démence ou un ramollissement ».

On aurait pu attendre des guillemets à « américains » dans le sous-titre car, Debray le sait mieux que personne, les Chiliens ou les Cubains sont aussi des Américains. On se fiche que la partie soit prise pour le tout comme dans Make America great again.

Mais ne boudons pas notre plaisir devant cette brillante démonstration selon laquelle si une « culture construit des lieux », une civilisation « construit des routes » avec un gros bâton (celui de la big stick policy), une flotte, des armées, aujourd’hui des drones.

Depuis qu’il a raflé le Texas, l’empire américain n’a gagné en surface que quelques centaines de milliers de kilomètres carrés. Alaska y compris. Mais les 2 000 implantations militaires sur les cinq continents ne seraient rien sans les 35 000 McDo. Et vice versa.

dimanche 11 juin 2017

Theresa May et l’impôt sur la démence


Le problème avec la maladie d’Alzheimer c’est qu’elle frappe prioritairement les personnes âgées. Et que, quand elles n’ont pas oublié où se trouve le bureau de vote, ces mêmes personnes glissent dans l’urne un bulletin conservateur (il y a 8 millions de retraités outre-Manche qui votent conservateur à 68% chez les plus de 65 ans). Enfin, on a affaire à des personnes retraitées pour qui les pensions françaises, pourtant de plus en plus congrues, représentent malgré tout une forme d’eldorado. Alors quand une responsable politique s’en prend à ces gens particulièrement vulnérables, comme vient de le faire la Première ministre britannique (qui n’est pas, pour l'instant, visée par un impôt sur les poches sous les yeux), il ne faut pas s’étonner qu'elle ait pu subir un revers qui, en fin de compte, n’est pas trop cher payé.

Theresa May s’apprêtait à imposer aux retraités des sacrifices douloureux. Elle avait ainsi décidé de supprimer la garantie d'augmentation des retraites de 2,5% minimum par an mise en place par son gauchiste de prédécesseur David Cameron. Elle avait par ailleurs prévu que les frais pour les retraités nécessitant des soins à domicile tiendraient compte de la valeur de leur résidence. Enfin, l’allocation de 300 livres versée aux retraités pour l’achat de fuel aurait été accordée en fonction de leurs moyens.

vendredi 9 juin 2017

La guerre de Macron contre les fonctionnaires

 Depuis qu’il a démissionné de la Fonction publique, Macron a l’esprit plus libre pour, sans tabou comme disent les libéraux de droite, broyer les fonctionnaires et leur fonction.

Son programme prévoit, dans les cinq ans de son mandat, la suppression de 120 000 postes (à l’occasion du départ en retraite de 500 000 fonctionnaires), le gel du point d’indice pour 2017 et peut-être au-delà, et un point d’indice différent selon que les fonctionnaires appartiendront à la Fonction d’État, à la Fonction hospitalière ou territoriale. Selon la CGT, le fait de scinder la valeur du point d’indice qui sert à calculer la rémunération des fonctionnaires en fonction des versants de la fonction publique font partie des actes qui, s’ils sont posés, constitueront un recul majeur et un point de rupture. L’enjeu pour Macron est de diviser la Fonction publique, pour attaquer les différents secteurs des calendriers différents. Les acquis de la Fonction publique seront cassés en un tournemain.

Á des fins de pure image, Macron a reçu les patrons des confédérations syndicales qui ont accepté ces mondanités qui les ridiculisent. Le patron de la CGT a qualifié de « bonne nouvelle » la modification du calendrier pour l’élaboration du nouveau Code du travail.