vendredi 14 juillet 2017

Quand les camps de concentration étaient tus




Á l’occasion de la disparition de Simone Veil, il a été de nouveau question – entre autres dans des enregistrements de l’ancienne ministre de la Santé – de la manière dont les déportés survivants des camps de concentration ont été accueillis en France, et des longues années qui se sont écoulées avant que les historiens, les médias, donc l’opinion publique, n’évoquent en détail la machine concentrationnaire.

Je sais que cet aspect étrange de l’historiographie des conséquences de la Seconde Guerre mondiale a fait l’objet, depuis une trentaine d’années, de nombreuses études historiques, sociologiques, psychologiques. Je n’ai rien à y ajouter, n’ayant aucune compétence particulière en la matière. J’évoquerai simplement ici un souvenir personnel qui apportera sa pierre au mur de méconnaissance et d’incompréhension qui a longtemps entouré la déportation et le massacre à échelle industrielle de plusieurs populations européennes, les juifs au premier chef.

mercredi 12 juillet 2017

Années 80 : les pudeurs de gazelle de FR3




… et de TF1, M6 et autres chaînes.

On a tort – moi le premier – de ne pas regarder les interminables séries étasuniennes archi-nunuches (sans parler des brésiliennes) du style Les Feux de l’amour ou Amour, gloire et beauté. De vrais problèmes de société y sont posés avant même que la société s’en empare, et les réponses apportées sont parfois très subversives.


Je regardai un jour d’un œil distrait, sur la chaîne FR3 et dans sa version française, un épisode de Dynasty, à l’époque le pendant de Dallas. Un père friqué, propriétaires de puits pétroliers, avait une discussion grave avec son fils, futur friqué. Soudain, le jeune homme dit à son géniteur : « Papa, je suis malade ». Le visage du père s’assombrit, sa bouche se tord, un peu de haine apparaît dans ses yeux. Il ne demande pas à son fils de quelle maladie il souffre. J’avoue que je ne comprends pas de quoi il retourne. Je passe à autre chose, puis je reviens vers mon écran de télévision. Un personnage féminin qui semble être la femme du père dit : «Steven est malade ». Puis une jeune femme apparaît qui pose sur mode très inquiet la question : « Steven est malade ? » Je suis un peu perdu d’autant que ce que je lis sur les lèvres de ces acteurs quand le mot « malade » apparaît ne correspond ni à ill (une maladie sérieuse) ou sick (une maladie moins grave).

mardi 11 juillet 2017

L’anglais de Macron




Á plusieurs reprises, le président de la République française a fait des déclarations officielles en anglais. Cela pose évidemment de nombreux problèmes. Rien ne l’y obligeait. Le français est une langue officielle dans les instances internationales et, plus généralement, il est d’usage, dans la diplomatie, que les chefs d’État s’expriment dans leur propre langue. Sauf si, par courtoisie (voir De Gaulle au Mexique) ils veulent faire plaisir à des peuples qui les reçoivent chaleureusement. Par delà sa petite vanité personnelle (« Écoutez, moi l’ancien élève de la Pro à Amiens, comme je parle bien anglais »), Macron affiche sa soumission à l’hégémonie impérialiste étasunienne et à celle de l’argent. On note cependant qu’il parle de manière très sourde, un peu comme s’il avait honte, et de son anglais dont il sait qu’il n’est pas parfait, et de son obédience.

Face à ces allocutions, la merdiacratie française a fait des flaques, admirant ce «formidable coup de com’ », ce « discours appelé à rester dans les annales ».

Je me crois autorisé à évaluer la pratique de l’anglais de Macron : j’ai enseigné cette langue pendant quarante ans et j’ai siégé aux jurys du CAPES et de l’agrégation interne.

lundi 10 juillet 2017

Les tresses de la honte de Katie Perry (Katie Perry's Shameful Plaits)


Disons, pour simplifier, que si le concept de politiquement correct aux Etats-Unis est né dans les milieux d’extrême gauche il y a une cinquantaine d’années, il vit et prospère aujourd’hui dans les milieux d’extrême droite.

La très populaire chanteuse, compositrice (pardon : chanteure,  compositeure) Katie Perry vient d’en subir les ravages à son corps non défendant.

Les tresses de la honte de Katie Perry (Katie Perry's Shameful Plaits)


mardi 4 juillet 2017

Pourquoi Sylvie Goulard a-t-elle démissionné du gouvernement ?


Il était pourtant chouette, ce poste de ministre des Armées ! Marcher, en tant que femme, dans les pas de Michèle Alliot-Marie, c’était tout de même quelque chose, non ?


Officiellement, elle aurait quitté le gouvernement le 20 juin 2017 pour une subalterne histoire d’assistants parlementaires du MoDEM au Parlement européen. Les députés européens furent en effet soupçonnés d’avoir employé des assistants – payés par le contribuable – en les faisant travailler pour le parti. François Bayrou et Marielle de Sarnez furent emportés dans cette tourmente.


Cela est bien possible, mais un certain nombre de journalistes enquêteurs (il en reste) se sont intéressés au passé de Sylvie Goulard et à sa contiguïté avec des puissances d’argent. Comme disait Jean Gabin dans le film Le Président (1961), qui, par parenthèse, envisageait de manière visionnaire ce qu’allait devenir l’Union européenne, « ce n’est plus un gouvernement, c’est un gigantesque conseil d’administration ». L’exécutif ne compte pour l’instant que deux employés de Rothschild, mais il compte également des personnes qui doivent leur influence et leur bien-être à tel ou tel milliardaire. C’est, semble-t-il, le cas de Sylvie Goulard qui peut remercier le philanthrope Nicolas Berggruen. Philanthrope sans guillemets puisqu’il s’est engagé dans la campagne Giving Pledge (promesse de dons) lancée par Warren Buffet et Bill Gates afin d’encourager les très riches à donner une grande partie de leur immense fortune (ne me parlez surtout pas de réductions d’impôt subséquente !). De nationalités étasunienne et allemande, Berggruen parle parfaitement le français après des études à l’École alsacienne et à l’Institut Le Rosey en Suisse (voir ici la liste de ses prestigieux anciens élèves).

dimanche 2 juillet 2017

De l’anglicité




George Orwell avait remarqué que les Britanniques hésitaient entre six appellations différentes pour nommer leur pays : l’Angleterre, la Bretagne, la Grande-Bretagne, les Îles britanniques, le Royaume-Uni et Albion. Lui, dont le nom de plume était on ne peut plus anglais, mais dont le vrai patronyme était d’origine écossaise, utilisa presque toujours “England”, l’Angleterre.


Pendant la Seconde Guerre mondiale, il écrivit trois essais restés célèbres sur sa relation intime à l’Angleterre : “ L’Angleterre, votre Angleterre ”, “ Le Peuple anglais ” et “ My Country Right or Left ”, qui peut se traduire par “ Mon pays, de droite comme de gauche ” ou “ Mon Pays, qu’il ait raison ou tort ”.


Son pays, Orwell l’aimait encore plus sous les bombes qu’en temps de paix. Lorsqu’il l’évaluait, il précisait par honnêteté le lieu d’où il parlait : « Je suis né dans la frange inférieure de la bourgeoisie anglaise ». De ce point de vue, les Anglais étaient pour lui doués d’un « patriotisme inconscient » et étaient frappés d’une « inaptitude à penser de manière logique ». Il comparait – avec gentillesse – ses compatriotes à des bulldogs, « obstinés, laids et stupides ». Le sentiment revendiqué d’insularité était une saine défense contre les étranges étrangers : « la plupart des Anglais d’origine ouvrière trouvent efféminé de prononcer un mot étranger correctement ». Dans son essai “ Le Déclin du meurtre à l’anglaise ”, il regrettait que les « gentils empoisonneurs » aient été remplacés par des tueurs brutaux inspirés par Hollywood.

samedi 1 juillet 2017

Simone Veil ? Non, Gisèle Halimi !




Dans la nuit du 28 au 29 Novembre 1974, 284 députés contre 189 adoptent la loi autorisant l'IVG. Parmi ces députés, 55 UDR sur les 174, 26 centristes sur 52, 105 socialistes sur 106, 74 communistes. Pour défendre cette loi, Simone Weil, ministre de la Santé, va subir pendant deux jours les pires insultes racistes et sexistes. La saisine du Conseil constitutionnel par Jean Foyer, une des pires incarnations de la réaction française de l’époque qui déclara lors du débat : « Le vice des riches ne doit pas devenir le vice des pauvres », n'aboutit pas.


Dans les années qui précédèrent ce vote historique, le combat pour le droit à l’avortement avait été mené par diverses personnalités et mouvements : entre autres Simone de Beauvoir, le prix Nobel de médecine Jacques Monod, Choisir. Mais sans Simone Veil, magistrate, grande bourgeoise de droite qui prendrait – avec énormément de courage assurément – le train en marche.


Á l’actif de la magistrate Simone Veil, l’organisation de transferts vers la France, pendant la guerre d’Algérie, de prisonnières algériennes soumises à des violences sexuelles. Á son passif, elle empêcha l’ORTF (elle était membre de son conseil d’administration) d’acheter en 1971 le film Le Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls, qu’elle jugeait « partisan ». On le sait, ce film de quatre heures montrait que la population française n’avait pas été aussi résistante que la vulgate gaulliste l’avait seriné pendant 25 ans.