jeudi 27 avril 2017

Rien n'est jamais acquis, en Iran comme ailleurs


Lorsque Khomnei et les religieux intégristes ont pris le pouvoir en Iran, les femmes surent exactement ce qui allait leur tomber dessus : l'enfermement, l'inégalité, la mise sous tutelle. Elles manifestèrent en masse pour protester contre l'obligation du port du tchador. C'était il y a presque quarante ans.

Aujourd'hui, en France, en Grande-Bretagne, au Canada, en Suède et dans des dizaines d'autres pays, des femmes portent plus ou moins volontairement ce symbole de régression. Mais la différence entre elles et leurs sœur iraniennes, c'est qu'elles ont la liberté de changer de tenue, de se réapproprier la mode occidentale parce qu'elles vivent dans des pays de liberté. Leurs sœurs iraniennes qui tentèrent cette gageure subirent le fouet, des peines de prison, la perte de l'autorité parentale.
Rien n'est jamais acquis, en Iran comme ailleurs

mardi 25 avril 2017

Dans l’université britannique, tu as vite fait d’être raciste


On dira, en simplifiant quelque peu, que si l’université de Cambridge (le pont sur la rivière Cam) est plutôt de gauche, celle d’Oxford (le gué où passent les bœufs) est assez nettement de droite. Ça tombe bien, le politiquement correct étant fondamentalement de droite, on ne peut pas ne pas dénoncer le prurit qui a saisi cette année les autorités d’Oxford qui jaugent le racisme à l’aune de postures, de comportements très superficiels.

Il a été ainsi décidé que si l’on évite de regarder quelqu’un dans les yeux, on fait preuve de racisme à son égard. La Commission pour la diversité et l’égalité (à noter que la diversité prend le pas sur l’égalité) vient de faire savoir aux étudiants que de pas s’adresser aux autres les yeux dans les yeux pouvait être « considéré comme une micro-agression raciste » assimilée à « une maladie mentale ».

Un délit beaucoup plus grave consiste à demander à un collègue étudiant « de quelle partie du monde il est originaire ». Dans sa grande bonté, la Commission pour la diversité et l’égalité explique que ces comportements peuvent partir d’une bonne intention mais que, néanmoins, ils « offensent » l’autre à qui ils nient le sens d’appartenance à l’institution.

vendredi 21 avril 2017

Hénin-Liétard, 1953


Nous sommes à l'école maternelle Loubet. J'ai retrouvé cette vieille photo de ma mère, qui est l'institutrice. La ville s'appelait Hénin-Liétard à l'époque, mais nous, nous disions “Hénin”.

En 1953, j'avais cinq ans, ma sœur deux. Mon frère n'était pour l'instant que dans le désir de ses géniteurs. Nous étions encore au lit quand mes parents partaient au travail. Ma mère nous disait simplement : “ Marie ne va pas tarder ”. Et Marie ne tardait pas. Á l'époque, un couple d'instituteurs de moins de trente ans pouvait se payer – un salaire y passait – un femme de ménage à plein temps, déclarée en toute légalité.

Si je compte bien, la classe comptait 56 élèves. Bien sûr, pas d'ATSEM (Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles).
Hénin-Liétard, 1953

jeudi 20 avril 2017

Le « projet » de la « famille »


Avant, mais c’était avant, on aurait dit : le « programme » du « parti ». Que penser de cette dérive ?

Je vais suivre ici Le Robert.

Le mot programme date du XVIIe siècle. Il vient du grec programma qui signifie « ce qui est écrit à l’avance ». Au XVIIe siècle, il va prendre le sens de « sujet d’un concours » ou « description d’un cours ». Le mot programme implique donc une description précise de ce qui va advenir, se dérouler. On affiche un programme, on le distribue. Dans le programme d’un spectacle peut figurer une analyse de la pièce. Lorsque l’on organise une fête, on parle de « programme des réjouissances » avec, là encore, une description précise de ce qui va advenir. Si, dans un programme de concert, on annonce la sonate avant la passacaille, le concertiste ne prendra pas la liberté d’inverser l’ordre établi. Lorsque le ministère de l’Éducation nationale publie le programme de l’agrégation, il ne peut pas s’y reprendre à deux fois. Renan observait en son temps qu’on ne plaisantait pas avec les programmes : « Si un professeur a pour devoir évident de ne pas sortir de son programme, il ne peut, dans l’intérieur de son programme, accepter de restrictions sans manquer à la première de ses obligation, qui est l’absolue sincérité. »

mercredi 19 avril 2017

La mondialisation heureuse


La scène se passe à Chamonix. Quelque skieurs descendent d'un véhicule utilitaire de sport (SUV, comme il faut dire). De luxe. De location, j'imagine. Ils sont indiens. De l'Inde (capitale, Châteauroux, comme le prétendait Francis Blanche). De la graine de Mittal. Ils portent des tenues de ski dernier cri, ultra chic.

Ils prennent le téléphérique et s'envolent vers les pentes neigeuses. Bardés d'appareils photo et d'I Phones 7. Chacun avec sa paire de skis. Une heure plus tard, ils redescendent, les combinaisons complètement sèches. Par internet, ils ont déjà dû envoyer de par le monde des dizaines de photos d'eux dans le décor mythique du Mont Blanc.

Ils sont heureux. Demain, ils vivront un autre bonheur fugace à Vérone ou à Istanbul.
La mondialisation heureuse

vendredi 14 avril 2017

Bernard Friot, l’amalgameur




Á plusieurs reprises, j’ai écrit, dans ce blog ou ailleurs, à quel point la pensée et les publications de Bernard Friot étaient indispensables à la compréhension des mécanismes socio-économiques de notre société. Sa réflexion sur les « réformes » des retraites en particulier est indispensable à qui veut démonter le discours de la classe dominante en la matière. Voir, par exemple, iciiciet ici

Je suis navré d’avoir à écrire cette note suite aux attaques de Friot contre Le Grand Soir. Je collabore à ce site éminemment politique depuis une petite dizaine d’années, comme auteur, puis comme administrateur. J’y ai publié plus de 600 articles et j’en ai mis en ligne 2 ou 3 000. C’est dire si je connais bien la maison.

Le Grand Soir est un site de la gauche de gauche, comme disait Bourdieu. Globalement, on peut dire qu’il est proche de Mélenchon, mais il n’a pas d’ennemis à gauche, étant posé que le parti socialiste – soutien, au même titre que les partis de droite, de la finance internationale et d’une Europe construite contre les peuples – n’est pas un parti de gauche. Deux des administrateurs du Grand Soir étant de fins observateurs de l’Amérique Latine, le site soutient tous les mouvements progressistes du continent. Le Grand Soir défend par ailleurs la cause palestinienne, il est hostile à l’Otan et à l’impérialisme étasunien.

jeudi 13 avril 2017

Une étrange histoire


Je ne sais plus quel généalogiste a dit que toute famille compte un roi et un pendu. Peut-être est-ce Jean-Louis Beaucarnot, qui avait écrit un livre formidable sur les ascendants de nos politiques, dont j’avais rendu compte il y a six ans de cela.

Alors, aujourd’hui, je propose une note très personnelle qui complète une plus ancienne de 2011. La généalogie ne m’intéresse pas particulièrement. Je ne me suis jamais plongé dans les registres poussiéreux des paroisses du Pas-de-Calais et de l’Oise, départements d’origine de mes parents. Je ne suis non plus jamais allé me perdre sur internet grâce aux sites spécialisés en la matière.

Dans la famille de ma grand-mère paternelle, il y a toujours eu quelque chose de bizarre. Pas un secret de famille, plutôt un questionnement. Juste après la Première Guerre mondiale, ma grand-mère convole avec un rescapé de la grande boucherie, récent instituteur, fils de paysans très modestes. Nous sommes dans le Boulonnais, plus précisément dans le canton de Desvres, une petite ville connue pour sa faïence, sa métallurgie et son ciment (depuis 1982, la ville s’est fortement désindustrialisée, perdant plus de 60% des employés de son secteur secondaire). Il s'agit d'une région de bocages, un peu vallonnée. Il n’y a pas de grandes exploitations agricoles comme on en trouve dans la Picardie toute proche. Or mes arrière-grands-parents sont des paysans riches. Vraiment riches. Dans les années 1930, mon arrière-grand-père possède une automobile. Ma grand-mère, née en 1900, reste à la maison après avoir réussi brillamment le certificat d’études (soixante-dix ans plus tard, elle écrira toujours dans un français précis, sans la moindre faute), dans l’attente (patiente) d’une demande en mariage, mais un précepteur vient plusieurs fois par semaine lui donner des cours de français et de mathématiques. Enfant, cette même grand-mère n’a jamais lavé une cuiller ou fait un lit. Vivaient à demeure dans la ferme une cuisinière, une femme de ménage et un commis. Lorsqu’elle épousera mon grand-père, elle apportera en dot un corps de ferme et une bonne dizaine d’hectares. Et elle assumera, seule, toutes les tâches ménagères, les courses, sans oublier sa part de jardinage.