vendredi 14 avril 2017

Bernard Friot, l’amalgameur




Á plusieurs reprises, j’ai écrit, dans ce blog ou ailleurs, à quel point la pensée et les publications de Bernard Friot étaient indispensables à la compréhension des mécanismes socio-économiques de notre société. Sa réflexion sur les « réformes » des retraites en particulier est indispensable à qui veut démonter le discours de la classe dominante en la matière. Voir, par exemple, iciiciet ici

Je suis navré d’avoir à écrire cette note suite aux attaques de Friot contre Le Grand Soir. Je collabore à ce site éminemment politique depuis une petite dizaine d’années, comme auteur, puis comme administrateur. J’y ai publié plus de 600 articles et j’en ai mis en ligne 2 ou 3 000. C’est dire si je connais bien la maison.

Le Grand Soir est un site de la gauche de gauche, comme disait Bourdieu. Globalement, on peut dire qu’il est proche de Mélenchon, mais il n’a pas d’ennemis à gauche, étant posé que le parti socialiste – soutien, au même titre que les partis de droite, de la finance internationale et d’une Europe construite contre les peuples – n’est pas un parti de gauche. Deux des administrateurs du Grand Soir étant de fins observateurs de l’Amérique Latine, le site soutient tous les mouvements progressistes du continent. Le Grand Soir défend par ailleurs la cause palestinienne, il est hostile à l’Otan et à l’impérialisme étasunien.

A ce jour, le site a publié plus de 20 000 articles sous la plume de près de 2 000 contributeurs. La politique éditoriale des administrateurs est simple : seule la forme fait l’objet de corrections. Si le fond exprime des idées en contradiction avec la charte du Grand Soir (en termes politiques ou éthiques), les articles sont refusés. Ce qui arrive rarement. Sinon, ils sont acceptés, sans jamais être tronqués.

Pour des raisons que je ne connais pas et qui ne m’intéressent nullement, Friot est en bisbille avec une collaboratrice très dévouée du site qui nous propose régulièrement des articles traduits de l’anglais. Outre que ses traductions sont précises et élégantes, cette personne, que j’appellerai « D. » ne choisit que des articles qui vont dans le sens de nos luttes.

Á propos de cette « D. » et du Grand Soir, Friot a écrit récemment ceci:

« Les traductions sont commandées (ou fournies spontanément par D., je n'en sais rien) par des médias alternatifs francophones, en particulier Le Grand Soir et AlterInfo, pour ce que j'ai pu voir dans cette première recension exploratoire, qui diffusent la même vision complotiste du monde (souvent dans une version "de gauche" dans Le Grand Soir, dans une version plus à droite dans AlterInfo, dont le responsable, Zeynel Cekici, a été condamné en 2009 à quatre mois de prison avec sursis pour négationnisme) ».

Sociologue habituellement rigoureux, Friot procède ici par amalgame et effet de halo ou, plus prosaïquement effet de tache d’huile. Pour faire simple : je t’ai vu avec A, qui fréquente régulièrement B qu’on repère régulièrement dans les manifs nazies. Tu es donc contaminé par le nazisme.

Le Grand Soir n’a strictement rien à voir avec AlterInfo et avec son responsable condamné à quatre mois de prison pour négationnisme.

Friot postule dans la foulée que « ces médias, qui font office d’agence de presse alternative, servent de bases de données pour tout ce que la fachosphère compte de sites et des blogs, et là on quitte la vitrine «présentable » pour les lieux les plus puants ».

Ces élucubrations ne concernent pas Le Grand Soir qui a publié des centaines d’articles contre la fachosphère, Soral, la famille Le Pen (l’un des administrateurs du Grand Soir est l'auteur de Marine Le Pen amène le pire, préfacé par Paul Ariès). Le site fut l’un des premiers en France à expliquer que Robert Ménard était d’extrême droite. Ce, bien avant son élection à la mairie de Béziers.

Le 8 mars, un administrateur du Grand Soir a envoyé à Friot un courriel privé pour lui expliquer respectueusement mais fermement, qu’il se méprenait. Du haut de sa grandeur, Friot n’a pas répondu. Il n’hésite pas à « dialoguer » longuement avec le désormais très douteux Étienne Chouard mais n’a pas la courtoisie de  consacrer dix minutes de son temps précieux d’intellectuel supérieur à étudier honnêtement le site pour ce qu’il est.

Donc, pour ce qui concerne ce blog et pour ce qu'il en a à faire, adieu Friot !
Bernard Friot, l’amalgameur

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